La lourde tâche des programmateurs de salle de concerts.

Mis à jour : avr. 23

Aujourd’hui je vous propose de vous parler du métier de programmateur au sein d’une salle de concerts, et pour cela nous allons en apprendre un peu plus sur le métier grâce à David Neuquelman qui est programmateur à la Mjc de Rillieux.

La Mjc Ô Totem dispose d’une salle de concerts de 400 places qui a accueilli de nombreux groupes depuis son ouverture en 2009, dont notamment : Broussai, Nazca, Flavia Coelho, Juan Rozoff, Sir Jean & Nmb Afrobeat Experience, Fat Bastard, Pigalle, HK & les Saltimbanks, Lagwagon, Anti-Flag, Kent, Casey, Voyage de Noz, Israël vibration, Gladiators... Bonjour David, peux-tu nous expliquer rapidement en quoi consiste ton poste au sein de la Mjc ? Salut, parmi mes nombreuses fonctions à la MJC, il y a surtout la partie « programmation musicale ». Elle consiste dans le choix des artistes qui seront programmés tout au long de la saison par la MJC (et l’évaluation budgétaire et technique de ces choix) mais aussi des accueils d’autres associations ou structures extérieures qui souhaitent programmer une ou plusieurs soirées dans notre salle.

Et il y a également le choix des artistes qui vont être accueillis en résidence, et qui participent de fait à la programmation de la MJC. Est-ce que tu à d’autres casquettes au sein de la MJC ? Oh oui, en effet il faut être un peu (voire beaucoup) un « couteau suisse » dans les petites structures… j’assure la régie générale du lieu, dans son fonctionnement quotidien (lien avec les services municipaux, les entreprises et les prestataires extérieurs…) mais bien sûr également dans la préparation et la mise en œuvre des événements programmés (concerts, spectacles, conférences…). Il y a aussi la gestion des adhérents et des activités à accueillir dans nos locaux, la sécurité liée au statut E.R.P. de la MJC (Equipement Recevant du Public), la gestion du bar, et j’en oublie certainement… Est-ce que tu as fait une formation pour faire ce métier ? Non je n’ai pas fait de formation particulière, c’est un heureux hasard de la vie qui m’a amené là… enfin, le mot « hasard », c’est pour le romantisme, disons plutôt que ça m’a été proposé alors que je ne m’y attendais pas ! Mais ça n’arrive pas de nulle part bien sûr, j’avais déjà un doigt de pied dans le milieu musical lyonnais. Selon toi quelles sont les qualités requises pour être un bon programmateur ? Tout d’abord, évidemment il faut aimer la musique, et adorer le live ! Ensuite c’est bien d’avoir dans ses bagages une bonne base de culture musicale, une grosse dose d’ouverture d’esprit, de bonnes qualités de relations humaines, mais aussi des compétences de gestionnaire… car on ne gère pas que de l’humain et de l’artistique pour construire une programmation.

Et puis ce qui est intéressant c’est que chaque programmatrice ou programmateur fait avec ses qualités, sa personnalité et ses goûts musicaux, ce qui donne plein de couleurs différentes !

Est-ce que tu penses qu'il est essentiel d'être musiciens pour faire ce métier ? Je ne pense pas, mais ça peut sans doute apporter une petite touche quelque part… Combien de concert se déroule chaque année à la MJC ? Il y a entre 20 et 30 concerts de « musiques actuelles », plus des showcases, des concerts scolaires, de la danse hip-hop et du théâtre. Sur combien de concert gères-tu la programmation ? Ma programmation directe concerne une quinzaine de concerts par an. Sur les dates où vous louez la salle à d’autres organisateurs, est-ce que tu as ton mot à dire sur le choix de la programmation ? Oui dans le sens où on refuserait des programmations qui vont à l’encontre des valeurs de la MJC, ça vaut pour les artistes mais aussi pour les organisateurs accueillis. Mais sinon c’est assez libre, bien que nous privilégiions les esthétiques « musiques actuelles amplifiées », qui sont notre cœur de programmation. Nous faisons en sorte que les accueils de productions extérieures soient en cohérence avec notre propre programmation.

Combien de mail reçois-tu par jour de la part de groupe qui aimerait venir jouer à la Mjc ? Entre les artistes, les tourneurs, les organisateurs, ça monte régulièrement à la centaine, juste pour la partie programmation/résidences. A cela il faut ajouter tout ce qui concerne la régie, le fonctionnement de la MJC, les partenaires, et toutes mes autres fonctions… Plus tout ce qui n’a aucun rapport et/ou intérêt… ça peut monter à 300 mails par jour ! Je suppose que tu ne lis pas tous ces mails, comment choisis-tu ceux que tu lis ? Ben si justement, et même j’y réponds au maximum ! Evidemment certains prennent 5 secondes à cerner, mais d’autres vont engendrer des échanges dans la journée, voire plus si affinités... Pour ce qui concerne les propositions artistiques, la personnalisation et la clarté du contenu ont leur importance, les liens web, les explications pas trop alambiquées qui vont assez vite à l’essentiel. C’est une fois qu’un intérêt se révèle qu’on aura besoin d’aller plus loin dans les détails. Quel critère tu regardes en premier pour savoir si un groupe est selon toi programmable à la Mjc ? Avant tout, il faut que ça me plaise ! au-delà de mes goûts musicaux personnels fétiches bien sûr… Ensuite vient l’esthétique musicale par rapport à notre « ligne » de programmation, la notoriété par rapport au public qui viendrait potentiellement voir le groupe à la MJC, ce qui ne veut pas forcément dire que le groupe doit être « connu » ou médiatisé, et la faisabilité technique et financière de l’événement. Parfois un coup de cœur jailli alors que rien ne présageait un intérêt particulier « à priori » ! Comment savoir si en programmant un groupe la salle sera pleine ? Ça c’est difficile… en général tu as bien une idée de la jauge que tu vas accueillir pour tel ou tel artiste, mais il y a de sacrées surprises parfois ! Positives et négatives…

Quel est en général le budget du plateau par date ?

C'est très variable selon que tu montes un plateau découverte "local" ou une soirée avec une grosse tête d'affiche nationale ou internationale. Il faut aussi tenir compte de tous les frais annexes : hébergement, catering, backline, transports, sécurité... Pour faire simple ça oscille entre 1 000 et 10 000 € de coût global.

Est-ce que tu as des conseils pour les groupes émergents qui sont à la recherche de dates ? Envoyer des mails concis, sans trop de descriptifs alambiqués qui souvent ne décrivent pas grand-chose, et qui sont plutôt des outils de com, ajouter quelques visuels pour donner une idée de l’ambiance globale du propos artistique, des liens audio/vidéos valides, une fiche technique si possible… Après si une accroche se fait on pourra développer ! Combien de résidences artistiques faites vous par an ? Entre 10 et 20 selon les saisons, plutôt des groupes régionaux, amateurs ou professionnels. Quelles sont les conditions des résidences artistiques ? Nous accueillons gratuitement les groupes de 1 à 4 jours selon les projets et les disponibilités de la salle. Nous mettons à disposition notre parc matériel son et lumière, et un régisseur technique d’accueil. En échange le groupe offre à la MJC un concert et une action culturelle. Comment tu sélectionnes les groupes pour les résidences ? L’esthétique doit être globalement tournée vers les « musiques actuelles », et je regarde justement s’il peut y avoir une concordance entre ce que propose le groupe artistiquement, notre programmation et nos publics.

Nous avons beaucoup de demandes par rapport aux créneaux disponibles donc les choix ne sont pas toujours faciles...

Est-ce que tu peux nous parler un peu du fonctionnement du printemps de bourges ? En gros il faut candidater via un formulaire/dossier en ligne à l’automne, sur le site de « Grand Bureau », ensuite plusieurs jurys sélectionnent les groupes qui vont pouvoir se produire aux auditions régionales en hiver, à partir desquelles un jury national sélectionnera les lauréats qui se produiront à Bourges au printemps (on les appelle maintenant les « Inouïs »)…C’est un bon tremplin pour un artiste, et il faut avoir un projet un minimum solide, mais ce n’est pas rédhibitoire, le jury régional est vraiment ouvert. Si on n’est pas sélectionné pour les scènes finales du festival, participer aux sélections régionales offre quand même une belle visibilité auprès des pros de la région, programmateurs et tourneurs. Est-ce qu’il existe d’autres dispositifs de ce genre pour aider les groupes émergents ? Avec un tel niveau de notoriété et d’impact rapide possible sur la vie d’un artiste je ne pense pas, mais au niveau régional il y a aussi quelques dispositifs souvent liés à de plus petits festivals.

À cause du streaming, les artistes gagnent de moins en moins d’argent avec la vente de CD, ce qui les oblige à augmenter le prix des cachets, cela doit être compliqué à gérer pour toi ? Je ne suis pas sûr que cela concerne les artistes qui passent à la MJC… On est quand même à une échelle où les groupes vivent surtout de leurs concerts, je ne crois pas que l’incidence sur les ventes de CD ait un impact à notre niveau. Je peux me tromper, mais je ne le ressens pas. Est-ce qu’il y a des styles de musique que tu ne peux pas programmer dans ta salle ? Dans l’absolu, non. On peut tout programmer, mais nous avons une ligne de programmation qui nous oriente vers les « musiques actuelles amplifiées », c’est un choix. Mais ça donne déjà un très large éventail de possibilités ! Quelle est la chose la plus incongrue qu’un groupe t’ait demandé dans un rider ? À notre niveau il n’y a pas trop de caprices farfelus… Du Whisky japonais peut être ? Mais bon, il y a pire comme « incongru » je pense… Quelle est le prochain concert à la Mjc ? On travaille actuellement sur la prog de l’automne en espérant que les concerts pourront reprendre… À ce jour on est parti pour démarrer la saison le 26 septembre avec le rappeur lyonnais « L’Allemand », qui devait initialement se produire en mars… Merci à toi pour toutes ces réponses. Je t'en prie, merci pour l'invitation.

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